En 2002, j’ai fait campagne pour la présidentielle avec ce slogan : « Le féminin au cœur du changement. » Je crois à la nécessité d’en finir avec cette exaltation du masculin, entendu comme la volonté de puissance, l’agressivité, la domination. Je me sens profondément blessé par la subordination universelle de la femme. Combien d’hommes sont capables de s’assumer sans celles qu’ils jugent leurs inférieures ? Combien de filles n’ont pas accès à l’éducation ? Combien d’épouses sont encore opprimées ou battues ? Je suis déconcerté que tant de vies puissent naître de cette rencontre violente entre le masculin et le féminin. Les familles, les sociétés qui en résultent, ne peuvent que connaître un profond déséquilibre. Dans la nature, les deux sexes sont indispensables à la création. Le féminin l’est peut-être même davantage.

Pardonnez-moi cette évocation, mais lorsque j’étais éleveur, il y avait dans mon troupeau un bouc pour trente bêtes. Une fois qu’il avait fait son office, il pouvait disparaître sans que cela affecte nullement la vie des petits qui, en revanche, n’auraient pas survécu sans leur mère. J’ai toujours été un peu jaloux de cet état de fait. Comment, devant le miracle de la procréation, ne pas se sentir… un peu surnuméraire ? J’aurais tellement aimé vivre cette expérience fantastique de porter un enfant. C’est sans doute cette jalousie fondamentale qui engendre la violence chez tant d’hommes. Leur peur, fantasmée, de ne pas être indispensables. Même dans les pays les plus égalitaires, il nous faut corriger l’injustice et l’arbitraire, rééquilibrer le désir de conquête par l’instinct de protection de la vie. Je ne dis pas que l’un est masculin et l’autre féminin. Je crois à la présence de ces deux forces en chacun de nous. Je suis tout aussi révolté par ces discours qui mutilent les hommes en leur interdisant de pleurer, que par ceux qui prétendent réduire la féminité à la seule maternité. Il nous faut retrouver le sens de notre complémentarité. Entre nous, et en chacun de nous.

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PS : Merci à Laurence Lemoine, Psychologies Magazine.

 

Je viens de relire cet article de Pierre Rabhi, que j'avais beaucoup aimé déjà en 2007 et je pense aujourd'hui qu'il est toujours d'actualité, malheureusement...

Bon d'accord la suppression du "mademoiselle" sur les formulaires administratifs va disparître dès que le stock des anciens sera épuisé, il ne faut pas exagéré, nous sommes en crise et gaspiller du papier serait abusé. Mais est-ce qu'on pourra quand même prononcer le terme Mademoiselle sans risquer de se faire verbaliser? Je ne sais pas vous Mesdames, mais moi, j'aime bien qu'on m'appelle Mademoiselle. Cela n'arrive plus souvent, mais quand cela m'arrive, je suis un peu contente, et flattée.

On nous a accordé le droit de vote, et puis on eu le droit de travailler sans l'accord de nos maris (mais cela reste parfois difficile) et aussi on a eu le droit d'avoir un chéquier et un compte à notre nom, (quand je me suis mariée pourtant, le premier chéquier que j'ai reçu, était au nom de mon mari, il a fallu que j'aille à la banque pour leur rappeler mon prénom!!).

Je ne suis  pas toujours d'accord avec les "féministes" parce que je trouve qu'elles poussent parfois le bouchon un peu loin (cf la disparition du fameux "Mademoiselle"),et qu'elles agissent d'une certaine manière de la même façon que les hommes qui règlent souvent les problèmes et conflits par la violence et l'affrontement. Cependant je ne peux que les remercier pour tout le travail qu'elles ont accompli pendant ces quarante années et je suis consciente d'en bénéficier, même si je trouve que beaucoup reste à faire: trouver du travail après une longue absence due à l'éducation des enfants, l'égalité des salaires pour un travail équivalent, être reconnue dans son quotidien, la répartition des tâches au sein de la famille, dans la douceur si possible et dans la compréhension surtout.

Pourrons-nous trouver un jour un terrain d'entente qui reconnaitrait l'autre comme vraiment son égal? sans faux sempblant? en acceptant ses propres fragilités sans honte et en reconnaissant en l'autre celui qui peut nous aider à poursuivre notre chemin? Je veux le croire. Et vous?