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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 06:00

Il vous faudra attendre la page 110 de ce roman d'Erri De Luca pour comprendre la signification de ce titre digne d'un livre pour enfant. Rien de péjoratif dans cette remarque, car il s'agit bien là de l'enfance, dans toute sa poésie. 

Erri De Luca la dit si bien cette enfance. Son héros a dix ans, "un magma d'enfance muette. Dix ans, c'était un cap solennel, on écrivait son âge pour la première fois avec un chiffre double. L'enfance se termine officiellement quand on ajoute le premier zéro aux années". Cet été, comme tous les étés il est sur l'île et va pêcher le soir avec les pêcheurs; ses mains sont calleuses, ce ne sont plus les mains d'un enfant de la ville. Dans la journée, il accompagne sa mère à la plage, se baigne et fait des mots croisés. Il n'est pas tout à fait comme les autres enfants, il le sait. Eux, ils jouent, l'observent avec curiosité, suspicion. Sur la plage, pas très loin de lui, une autre enfant l'observe aussi, différente comme lui. "Je me rendais compte de la nouveauté: je m'intéressais à une fille de mon âge".

Il lui parle de la pêche, elle lui parle des animaux qu'elle observe. Ils mangent des glaces et se baignent. Cet été-là, il découvre ce que veut peut-être dire le mot "Amor" quand en sortant de l'eau, elle lui tient toujours la main qu'elle avait prise. "Je n'avais rien touché d'aussi doux jusque-là...je lui dis que la paume de sa main était mieux que le creux d'un coquillage."

Avec des mots sobres et doux, Erri De Luca me transporte chaque fois dans le monde de la poésie que je chéris par dessus tout. Je pourrais vous citer d'autres phrases, toutes plus belles les unes que les autres, comme celle qui décrit le mensonge. "Je comprenais confusément que le vrai et le faux ont une valeur d'usage et n'ont pas d'importance s'ils servent à soulager" et tant d'autres encore.

Mais je préfère vous inviter à pousser la porte de la librairie de la ville dans laquelle vous vous trouvez aujourd'hui. Vous dites "Bonjour, Carole m'a recommandé "les poissons ne ferment pas les yeux", elle a dit que c'était une petite merveille". Vous verrez, le ou la libraire ne sera pas étonné. Ils vous souriront simplement.

Très bonne journée à Tous.

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 20:07

C'est un beau titre non? J'ai entendu Françoise Héritier à l'occasion d'un de mes nombreux trajets en voiture, sur ma radio préférée, un dimanche matin. Elle racontait la génèse de ce petit livre de 87 pages; un mot sur une carte postale reçue de "quelqu'un qu'elle aime beaucoup" qui commençait ainsi: "Une semaine "volée" de vacances en Ecosse".

Ce mot "volée" lui a paru si...inapproprié venant de cet homme, qui donne quasiment sa vie à ses patients, à son travail, avec le risque de penser qu'il n'en fera jamais assez...s'empêchant ainsi de goûter les petites choses qui font le sel de la vie, vous savez ces petites choses que l'on goûte parfois, sans le savoir vraiment mais qui s'inscrivent en nous et qui font de nous ce que nous sommes...qu'elle entreprend de lui répondre par une liste de tout de ce qui a fait le sel de sa vie, à elle, sans aucune prétention, juste  une liste écrite à bâton rompu.

Au hasard: "écouter religieusement Mozart, avoir un peu peur la nuit dans une grande allée bordée d'arbres, n'avoir jamais lu certains grands écrivains mais  se souvenir avec délices du mystérieux "morne" antillais de son premier vrai livre d'enfant, pousser des cris d'orfraie s'asseyant dans une voiture chauffée au soleil,être invité à la campagnepar des amis qu'on aime et découvrir ici l'océan en contrebas, là le jardin de curé avec son verger et ses fleurs d'autrefois, avoir sangloté en silence pendant des heures devant les "virgules" qui tombaient des tours du 11 septembre, lire à haute voix...."

Je pourrais continuer encore la lecture, mais je vais m'arrêter là, vous recommandant vivement l'achat de ce petit recueil si doux à lire et si précieux aussi. Lisez-le, offrez-le à ceux que vous aimez, ils ne s'en porteront que mieux, j'en suis certaine.

Partager cette rencontre littéraire, regarder le ciel étoilé ce soir, dans le froid avec un verre de vin, aller chez mon amie Isabelle et passer une heure près d'elle sans avoir forcément de choses à lui dire, me coucher dans des draps de flanelle douce et chaude, recevoir un appel de Jean Mus et discuter avec lui d'un projet de partage qui me tient à coeur, boire mon thé près d'un petit rouge-gorge tout ébourrifé (ça s'écrit comme ça ébourrifé?) pour qu'il ait moins froid, appeler ma soeur et voir des photos de son petit garçon, entendre mes trois enfants aujourd'hui...

Et Vous qu'est-ce qui fait le sel de Votre vie?


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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 18:36

Samedi , 5h20 environ.

Un petit oiseau chante, quel courage! Il ne fait pas chaud je crois. Je remets du bois dans mon gros poële Godin, je me prépare un petit café,m'installe dans ma cuisine chérie et reprends la lecture de mon livre, Rien ne s'oppose à la Nuit, de Delphine de Vigan.

Son écriture, toujours sobre et précise, dissèque avec pudeur et violence à la fois, la vie de sa mère et celle de sa famille, à partir des conversations qu'elle a eu avec les frères et soeurs de celle-ci. 

On l'accompagne dans sa quête, souvent douloureuse, de comprendre cette femme fragile et fantasque, de trouver la faille qui l'a faite telle qu'elle est. Et cette famille si unie et si folle, si terrible et cruelle, si vivante, et dont l'histoire est si tragique.

Je ne peux pas résumer ce roman, qui est pour moi plus un récit, tant elle se livre. Je ne peux qu' en recommander la lecture.

J'aime Delphine de Vigan, définitivement, et sa famille aussi.

 

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