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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 20:16

J'emprunte ce titre à un livre de Joseph Bialot, écrivain d'origine polonaise, déporté en 1944 et mort la semaine dernière à 89 ans. Je n'ai lu aucun de ses romans, je ne le connaissais pas avant d'avoir entendu ce matin l'extrait d'un entretien qu'il avait accordé à France Culture en 2005, je crois.

Encore une fois, j'étais sur la route et l'évocation de ce titre a fait écho en moi. " C'est en hiver que les jours rallongent"...

Même si ce dont parle Joseph Bialot dans ce livre n'a rien à voir avec elles, je crois que toutes mes mamies chéries seraient d'accord avec cette phrase...

Depuis quelques temps je les sens tristes et inquiètes. Leur moral est très bas, si bas parfois qu'elles me disent vouloir en finir, ne pas vouloir passer l'hiver, trop long, trop froid. Les journées bien plus courtes leur paraissent néanmoins si longues et si lentes...Désorientées et angoissées par le ciel gris et bas, même dans cette belle région, elles languissent ...mais pas d'amour.

Et je ne sais pas toujours comment faire pour les attirer vers la vie et vers moi qui leur souris et tente de leur apporter un peu de réconfort et de joie. Les faire parler...de leur vie, de leur activité les animent un moment et puis soudain un soupir, un voile de tristesse les enveloppe et elles s'installent dans un silence, parfois pesant qui dit tant de désarroi. Ce fil ténu qui les relie à la vie se brise et la magie cesse. "A quoi bon" me disent-elles? "c'est le passé et remuer tout cela est vain et inutile."

Et je me demande si je suis vraiment utile, si ce "travail" est bénéfique. Les laisser me coûte et ce sentiment d'impuissance m'accompagne et me poursuit au point que je ne peux m'empêcher d'aller les voir plusieurs fois dans la semaine pour leur procurer une minute de bonheur, les faire sourire,  mais rarement rire hélas.

Et quand je dois les quitter c'est un déchirement pour moi...surtout avec certaines qui ne verront personnes avant ma prochaine venue...

Alors parfois l'idée de ne pas faire cette formation qui m'éloignera d'elles pendant six mois m'effleure, tant j'ai peur de ne pas les retrouver aux beaux jours...

Ma sensibilité, n'est peut-être pas une si bonne chose...

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 13:04

Première visite à l'Ehpad depuis que Jeanne est morte. Sa chambre est déjà occupée...

Quand j'arrive le lundi, Yvette est là, assise à l'ombre, tout près du cendrier, qu'on a placé là quelques jours après son arrivée dans l'établissement, parce qu'Yvette fume...des brunes, elle a 89 ans, ne voit quasiment plus. Son accent chante le midi, sa voix est triste cependant. Yvette sent bon la poudre de riz, elle est douce et attentive; elle a accompagné Jeanne et est la dernière personne à l'avoir embrassée.

Lundi Yvette était triste et déprimée, elle m'a dit la solitude dans laquelle sa presque cécité la plongeait, parce qu'Yvette aimait lire et faire des mots fléchés. elle m'a dit aussi la douleur de la perte de l'amie qu'elle avait depuis son entrée à l'Ehpad, il y a six ans. Cette amie c'était Jeannette, sa soeur, celle qu'elle a reconnue et avec laquelle les mots étaient souvent inutles, tant elles se comprenaient. Leur amitié ressemblait à une histoire d'amour, les sentilments qui les animaient toutes les deux étaient si profonds et si forts. Leur amitié ne s'expliquait pas, elle était, simple et évidente. Je lui ai parlé de Montaigne et La Boétie, lui ai cité la fameuse phrase: "parce que c'était lui, parce que c'était moi". Son oeil bleu, pâli par la maladie m'a fixé intensément elle a pris ma main, doucement, et m'a répondu: "parce que c'était elle, parce que c'était moi, c'est exactement cela ma petite Carole, merci. " Nous avons fumé une "brune" ensemble...moyen le goût.

Je l'ai quittée pour rejoindre Juana, vous savez ma Chère Juana, qui parle avec un très fort accent espagnol et qui me détaille des pieds à la tête chaque fois que j'entre dans sa chambre!  Savez-vous que Juana est mélomane? Elle aimet Rachmaninov, Liszt, Chopin et Betehoven. Quand je lui parle de Mozart, elle fait la moue, prétendant que sa musique est trop"mecanica". Depuis que je connais son amour de la musique j'emporte avec moi un petit lecteur de cd portable avec un casque. Elle choisit un compositeur et la fête commence. Son visage se concentre d'abord et puis s'éclaire...elle ferme les yeux  et puis les ouvre. La fête ne dure que très peu de temps, quelques minutes à peine, mais elle est heureuse. Lundi, j'ai oublié le lecteur...c'est la première chose qu'elle m'a demandé après le baiser ! Le compositeur de lundi prochain sera Beethoven, parce que "sa mousica est aussi bella qu'una cathédrale".

Et puis j'ai vu Vanda...Vanda dont j'adore le prénom et qui chaque fois est étonnée de cela. Il faut dire que Vanda ne me reconnait pas d'une semaine sur l'autre. J'aime le sourire de Vanda, son rire aussi...Vanda aime rire et me parler en pliant la serviette qui se trouve devant elle.  Elle dit que la vie n'est pas facile et qu'on n'y peut rien. Vanda me regarde avec des yeux d'enfant, naIfs et doux. Vanda ne marche pas, elle est assise dans son fauteuil toute la journée, mange seule dans sa chambre. Son fils lui rend visite tous les après midi, jusqu'à 15 heures. Vanda a toujours le regard perdu quand j'entre dans la chambre, il s'éclaire et suit mes mouvements. Je ne sais rien de Vanda, Vanda ne sait plus grand chose d'elle je crois.  Elle aime m'embrasser, cela je crois qu'elle s'en souvient.

Ces visites hebdomadaires me remplissent, je l'ai déjà écrit. Le temps que je donne à ces femmes m'enrichit chaque fois. Je n'arrive pas toujours à les faire rire, mais je ne crois pas qu'elles aient systématiquement envie de rire, elles ont juste besoin d'une écoute et d'attention un peu soutenue, que malheureusement le personnel ne peut leur accorder, par manque de temps.

A bientôt. Je vous raconterai Beethoven...

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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 16:10

Je savais bien que cela arriverait un jour. Je ne dis pas que je l'attendais ce jour, mais je savais qu'il viendrait.

Une des résidentes que je visite est morte dans la nuit, je l'ai appris en arrivant cet après midi; elle s'est "éteinte" dans son sommeil...tranquillement tout doucement après avoir reçu la visite de l'unique membre de sa famille, qu'elle attendait je crois pour mourir. Jeanne était vivante et n'avait pas du être rigolote tout les jours, autoritaire et parfois blessante, elle était drôle aussi. Sous son air de dame très digne, elle utilisait un vocabulaire très ....comment dire...plutôt imagé, ponctué de mots très gros et d'expressions souvent directes. Je l'aimais beaucoup même si parfois elle m'a envoyée sur les roses, elle était fragile et seule. Son regard sur la vie était très cru et sans faux semblant. Les personnes âgées sont parfois résignées quand elles arrivent dans les maisons de retraite, elle non, elle menait le petit monde de l'Ehpad à la baguette et beaucoup de résidents la craignaient, tant elle dégageait une espèce d'autorité naturelle. Ces derniers temps cependant elle ne sortait plus de sa chambre, s'alimentait peu, buvait de moins en moins, sentant que le temps était peut-être venu de lâcher un peu prise.

Elle aimait les caresses sur le front que je m'autorisais à lui prodiguer; je reverrais toujours le bonheur qui se lisait sur son visage quand je lui embrassais les paupières et ses longs doigts si fins...

J'aimais son accent lyonnais et sa voix ferme.

Je n'oublirai pas ce regard qu'elle a porté sur la côte de veau grillée que je lui ai apporté un jour, parce qu'elle rêvais d'une côte de veau grillée avec une salade "assaisonnée à part avec de l'huile, du vinaigre et de la ciboulette pour la verser moi-même". Je n'oublirai pas non plus la déception de ne pas pouvoir  mâcher cette viande, tant elle était épuisée.

Jeanne m'appelait "ma douce " et "bichette" aussi.

Je n'oublierai pas Jeanne et son mauvais caractère quand je n'avais pas trouvé le chou à la crème chantilly qu'elle m'avait commandé, si déçue qu'elle m'avait "traitée" de menteuse, alors que j'avais fait Quatre patisseries dans la ville!

Je n'oublierai pas le rire fragile et fatigué de Jeanne quand je dansais pour elle en chantant la chanson des câlins, apprise avec mes enfants.

J'aimais Jeanne,  elle était la première résidente que j'ai visitée. Elle me manquera.

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 06:06

Belle journée en perspective, ciel bleu, pas un brin de vent. Je suis prête. Prête pour la cueillette du lundi, prtête à retrouver avec un immense plaisir les quelques personnes qui comme moi aiment le partage et les échanges au jardin. Chaque lundi nous nous retrouvons autour d'un café avant d'entamer le ramassage des légumes qui seront distribués le soir à tous les amapiens.

La cueillette est gaie, entrecoupée de mes chants de vielles pubs télévisées (j'essaie de monter une chorale de cueilleurs...)d'échange de recettes autour des légumes cueillis et des bons mots de Gildas, qui sous son air assez sérieux cache des yeux malicieux et rieurs, il imite Bourvil à la perfection. Marie-Josée, sa femme, nous gratifie de son rire merveilleux et si parfois elle dit avoir "honte" des blagues de son époux elle ne manque pas de l'inciter à en faire. Christiane est la plus sérieuse du groupe mais son humour, vif et acéré, me touche profondément et ses moqueries à mon égard sont toujours justifiées et fines. Anne ne vient que pour m'entendre chanter mais elle n'est pas venue depuis quelques temps, dois-je m'inquiéter?...Quant à Corinne et Laurent, je crois qu'ils nous prennent pour une bande de fous furieux, surtout moi, mais qu'ils apprécient notre travail.

J'aime cet atelier, il me montre, si j'avais encore besoin d'être convaincue, que le jardin est un soin, que les échanges qui s'y déroulent nous enrichissent et nous guérissent parfois, tant ils sont forts, riches et profonds et que mon engagement dans la création de jardins thérapeutiques n'est pas du tout dénué de sens.

 

A bientôt

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 07:04

Avant je n'aimais pas les lundis, pour mille et une raisons. Je ne crois pas être la seule dans ce cas. Mais depuis quelques temps, j'attends le lundi avec une certaine impatience...parce que le lundi je visite les résidents d'une maison de retraite de ma ville. Et c'est chaque fois un grand moment de bonheur. Ce sont d'ailleurs essentiellement des résidentes, le seul homme que j'ai "visité" est décédé la semaine suivante.

Chaque lundi, je me prépare, me fais belle pour elles, surtout pour Juana, qui ne me reconnait jamais ou me prend pour la bibliothécaire, mais qui me détaille des pieds à la tête, examine les bijoux que je porte. Elle m'a même fait des réflexions sur la longueur de ma jupe et la couleur de mes collants, en me disant que c'était un peu indécent, la jupe était noire et les collants aussi! Elle a 90 ans, qui souffre énormément du dos, attend une intervention en la redoutant, elle pense qu'elle n'y survivra pas...Elle est Urugayaine et est venue en France pour y retrouver ses filles. Aujourd'hui, elle ne peut plus rester seule et ses filles n'ont pas la place pour l'accueillir chez elles. Elle est assez déprimée et s'interroge beaucoup sur la mort et ce qu'il y a après, me pose des questions. Depuis quelques semaines cependant, je la trouve assise dans son fauteuil, un des seuls meubles qu'elle a emportés de sa maison, avec la télé et une commode...Elle regarde les images de Paris Match ou d'autres magazines. Elle aime les belles femmes et les beaux vêtements. Elle est très curieuse des autres résidentes, me demande chaque fois dans quel état physique elles se trouvent, quel âge elles ont. Je n'ai pas encore réussi à la faire sortir de sa chambre, mais je ne désespère pas.

Il y a Marie-Louise, ou Maryse, elle se présente comme ça. Elle aussi a 90 ans, semble souvent désorientée et dans la plainte, mais me reconnait et se rappelle de mon prénom. Chaque fois, elle me répète qu'elle est très heureuse d'avoir fait ma connaissance et me demande si je veux bien la considérer comme mon amie. Elle a beaucoup voyagé, avec son mari, et puis seule, après le décès de celui-ci. Maintenant elle est là, s'y trouve bien.

J'ai retrouvé Yvette, l'ancienne présidente du Club de Basket de mon fils. Une dépression suite au décès de son mari et de sa mère l'a conduite ici. Elle est très active, écrit des textes, peint et promène sa vivavité dans les lieux de vie de la résidence.

Et puis il y a Aline, ma Chère Aline, la plus jeune de toutes. La maladie de Parkinson l'empêche de se mouvoir simplement et la fait souffrir terriblement. Aline est une femme brillante et cultivée. Quand elle ne peut pas parler, je lis pour elle, sinon elle me raconte sa vie, ses enfants, ses voyages, ses douleurs aussi. Nos échanges sont chargés d'émotion et de rires aussi, elle a un sens de l'humour très prononcé...

Chaque lundi, quand je rentre à la maison après trois ou quatre heures avec toutes ces femmes, je me sens si vivante, pas à cause de mon état de santé ou de mon âge par rapport au leur, non, j'ai partagé avec elles des moments de grâce et nos échanges m'ont enrichie et remplie de la certitude que le partage et l'écoute de l'autre sont plus importants que tout.

Je les ai écoutées, ce temps que nous nous sommes accordés, est une parenthèse dans nos vies, une parenthèse heureuse, même si ce qui s'est dit n'est pas toujours très gai, la mort n'est jamais très loin...

Bientôt il y aura un nouveau jardin, avec un espace pour elles, dans lequel elles auront un rôle à jouer. Bientôt, il y aura un atelier de jardinage thérapeutique, dans lequel j'interviendrai certainement. Mais de cela j'en parlerai une autre fois...

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 17:10

Grande inquiétude ce soir, je viens de regarder mon blogrank! Il est de 3, et ça n'a pas l'air d'être bon signe, parce qu'il a baissé depuis sa création; il était de 5! J'ai perdu 2 points, on va me sucrer le triple A si ça continue! Non, je vais faire des efforts, c'est promis. Est-ce que je peux avoir 0? Et si j'ai 0, que se passe-t-il?

Bon c'est vrai, je suis un peu paresseuse, pas très régulière, mais ce sont les vacances et tous mes enfants sont là, les petits enfants aussi, alors petit blog chéri, je ne te consacre pas trop de temps, mais tu vas voir, en 2012, tu vas être trop content, parce que j'ai plein de projets et je compte bien sur toi pour m'aider à les réaliser!

Je vais commencer les visites aux personnes âgées dans une maison de retraite et j'ai bien l'intention de les divertir, de leur faire passer de bons moments, en les faisant jardiner, en créant un atelier de lecture et d'écriture aussi...

Et puis je suis rentrée dans l'Association Jardins Art et Soin, qui récolte des fonds destinés essentiellement à aider les personnes atteintes de troubles neurologiques, en créant des jardins de soins au sein des structures telles que les hôpitaux et les maisons de retraites. Pour cela elle organise des visites de jardins, des conférences, des concert dans toutes les régions de France. Je vais essayer de trouver de beaux jardins potagers ou fleuris et d'organiser des activités autour de l'hortithérapie.

Petit blog, je compte sur toi pour m'aider à diffuser ces idées généreuses qui tendent à aider les personnes fragiles et à rendre leur vie un peu plus douce, ainsi qu'aux membres de leur famille... J'aimerais aussi que tu serves de lien entre les personnes qui s'intéressent à ce sujet et moi...Ce n'est pas trop te demander? Hein, dis-moi?

En attendant je souhaite d'excellents derniers jours de 2011, à tous ceux qui liront cet article sans prétention...et je promets d'être plus régulière en 2012.

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